Quand j’entends un enregistrement audio avec des voix j’ai toujours une image super définie de ce que j’imagine comme contexte d’enregistrement. Je m’en rends compte en écoutant celui de Bernard une deuxième fois, la deuxième fois j’ai toujours la même image en tête de la situation que j’entends. Je pourrais la décrire assez précisément, je peux essayer: en fait j’imagine la scène du point de vue de ton téléphone posé sur la table en bois de la salle à manger où vous avez fini de dîner. Tu es assise à côté du téléphone un coude posé sur la table la tête dans la main, Louane en bout de table à droite encore plus affalée, devant toi un coin salon avec un canapé à droite avec PJ, à gauche un autre canapé avec ta grand mère, entre les deux plus au fond à gauche Bernard dans un fauteuil, le sapin à sa droite et la cheminée derrière eux, et une table basse en bois aussi. J’imagine la table du dîner et la table basse dans un bois foncé un peu rustique, le genre de meuble qui me donnent l’impression qu’ils sont encore un peu des arbres., J’imagine ta mère passer entre la table du dîner et le coin salon de temps en temps, quand j’ai l’impression de reconnaître sa voix.
Quand je pense à d’autres enregistrements sonores avec des voix j’ai aussi des images précises associées, par exemple pour l’enregistrement de la discussion entre mon grand-père et ses deux filles. J’ai une image d’un salon et d’une disposition de meuble qui n’est pas celle de l’appartement de ma grand-mère. C’est des images qui viennent toutes seules dès la première écoute, comme si j’ouvrais les yeux en même temps que j’écoutais.
En réécoutant je peux préciser des détails de la scène que j’imagine, comme si le brouillard autour de certaines choses se dissipait, surtout quand tout l’enregistrement n’est pas parfaitement audible et que je comprend un nouveau mot ou une nouvelle phrase à une nouvelle écoute. Ça me donne des frissons comme si j’avais découvert quelque chose d’important, comme si j’avais résolu une partie de l’énigme.
Je me souviens bien de ces images qui se créent, quand je repense à un enregistrement j’ai un genre de tableau en tête, inanimé. Quand je réécoute l’enregistrement tout s’anime, les personnes que j’imagine par leur voix devienne très vivantes, et là par contre ça peut carrément changer sur pleins de petits détails que j’imagine différemment. Y a certains détails que je garde des écoutes d’avant mais aussi des nouveaux qui viennent remplacer des détails que j’avais oublié.
Les enregistrements sonores de voix ça me donne le sentiment d’être là invisible quelque part au milieu de gens
En fait le fait de visualiser des sons ça me le fait surtout avec des enregistrements sonores de discussions, dès que plusieurs personnes parlent ça crée un espace dans ma tête, alors que si c’est juste une voix enregistré au dictaphone sans qu’on entende rien autour comme bruit ambiant ça ne me crée pas forcément d’image. Oui en fait c’est pas forcément plusieurs voix qui compte mais plutôt que je sente un contexte, même si c’est discret, et c’est encore plus réel pour moi quand j’entends la présence de l’enregistreur (bruits de manipulation du micro, ronflements de la cassette qui capte le son du moteur de l’enregistreur…). Par rapport à une démarche qui tendrait à s’effacer devant le sujet qu’on enregistre, perso ça m’aide beaucoup à me projeter dans ce que j’écoute quand je sens le dictaphone cassette, le téléphone posé ou le micro tenu dans la main. Comme dans l’enregistrement de la sortie scolaire de ma tante en forêt de Compiene pour aller voir des tombeaux préhistoriques, on entend le bruit de ses pas plus forts que ceux des autres, des bruits de micros qu’on manipule. En fait j’aime trop quand la personne qui enregistre fait du bruit aussi, comme elle est plus proche du micro je la distingue souvent des autres et savoir qu’elle existe et situer sa présence par rapport aux autres ça m’aide encore plus pour être là aussi